Le Soleil(Québec) «Le plus gros défi de ma vie.» Voilà comment le fondeur Vincent Ruel a résumé son retour à la compétition après une pause de trois ans. Un défi qu'il a relevé avec brio, comme le prouve sa qualification pour les Universiades présentées à la fin du mois en Turquie.
«J'aurais eu plein de raisons pour ne pas revenir à la compétition, a expliqué Ruel. J'avais 25 ans, j'amorçais ma carrière d'enseignant et j'avais décidé de commencer un deuxième baccalauréat, cette fois en intervention sportive. Mon coach Godefroy Bilodeau avait d'ailleurs été clair lorsque je l'avais rencontré pour lui faire part de mes intentions de reprendre l'entraînement. Il m'avait expliqué que ça ne serait plus comme avant alors qu'il n'y avait que l'entraînement qui comptait pour moi. Il avait rajouté que je devrais maintenant m'investir dans plein de choses et que je devrais trouver une manière de gérer tout ça.»
Déjà obligé de faire des prouesses afin de respecter toutes ses obligations, Ruel n'était cependant pas au bout de ses peines. Quelques semaines seulement après le début de la campagne 2009-2010, sa conjointe, Pamela Guillemette-Turgeon, lui a annoncé qu'elle attendait un enfant. «Une super belle nouvelle. Sauf que j'avais déjà de la difficulté à tout concilier. Ça a été quelque chose et ça l'est encore. Mais j'arrive à me débrouiller.»
C'est au terme de la campagne 2006 que Ruel a décidé de remiser ses planches. Membre de l'équipe Skibec, il a été victime d'un épuisement causé par un surentraînement duquel il n'arrivait pas à récupérer. «À un moment donné, je me suis dit qu'il valait mieux que j'arrête de m'acharner. À la même époque, le Centre national d'entraînement a accueilli une nouvelle génération de fondeurs et je me suis un peu senti mis de côté. J'ai donc décidé de me concentrer sur mes études. J'en ai aussi profité pour vivre ma jeunesse.»
Grande amertume
À l'aise avec sa décision de quitter la compétition dans les mois qui ont suivi sa retraite, Ruel a peu à peu commencé à s'ennuyer du sport dans lequel il avait investi toute son adolescence. Et c'est sans compter les regrets, qui se sont faits de plus en plus nombreux.
«Je trouvais que ma carrière s'était bien mal terminée et je ressentais une grande amertume. De plus, je n'avais jamais eu la chance de représenter le Canada dans une compétition outre-mer, et ça me manquait. J'ai donc parlé de recommencer à m'entraîner. Un jour, ma blonde m'a dit : "Tant qu'à en parler, fais-le, essaye-le."»
C'est à la suite d'une compétition tenue en mars 2008 au camp Mercier, compétition où il s'est classé deuxième même s'il ne s'était presque pas entraîné, que Ruel a décidé de réaliser son grand retour. Son but était clair : obtenir de bonnes performances lors de la saison 2009-2010 afin de mériter une place dans l'équipe canadienne prenant part aux Universiades. Il a très bien relevé son premier objectif en finissant premier Canadien au championnat canadien de l'Est.
«J'ai vécu mes moments les plus difficiles après la fin de la saison, alors que je me suis déchiré presque complètement le ligament croisé antérieur. J'ai dû changer mon entraînement au complet, arrêter de faire de la course à pied et faire tous mes exercices d'intensité seul. Je n'avais plus aucune comparaison. Être dans une bulle et s'entraîner à la Rocky, ce n'est vraiment pas évident. Mais j'étais quand même motivé étant donné que l'on m'avait confirmé que j'irais en Turquie. Et comme j'avais un moral d'enfer, je me suis dit que j'allais m'adapter comme j'allais m'adapter au bébé qui s'en venait.»
Un ligament peu fiable
Vincent Ruel est bien au parfum de la gravité de sa blessure au genou. Mireille Belzile, la physiothérapeute qui le soigne, ne lui a pas caché la vérité. «Ça va se terminer par une opération qui devrait avoir lieu au printemps. Et d'ici là, mon ligament pourrait lâcher à n'importe quel moment. Je me croise les doigts pour qu'il tienne jusqu'à la fin de la saison.»
Ruel est formel, sa plus grande victoire, il l'a déjà décrochée en réalisant l'objectif qu'il s'était fixé. Des performances à la hauteur de ses attentes aux Universiades, en Turquie, ne constitueraient pour lui que la cerise sur le sundae. «Maintenant que j'ai relevé mon défi, j'aimerais ça avoir un gros bonus. Je vais y aller à fond pour réaliser mes meilleures performances à vie et finaliser mon accomplissement. Si je finis dans le top 20 dans les épreuves de sprint, je vais être aux anges. Je serai aussi très heureux d'être le meilleur Canadien. J'aime me dire que les Universiades seront la plus grosse expérience de ma carrière car je ne sais pas du tout si après, il va y avoir pour moi autre chose d'aussi prestigieux.»
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